Stratégies à faible volatilité : la base de votre portefeuille

July 05, 2016

Les investisseurs partagent généralement la croyance que plus un placement est risqué, plus il rapportera. Cela semble logique : si l’on accepte un plus grand degré de risque, on s’attend en effet à réaliser des gains proportionnels. Ce concept est au cœur de la théorie moderne du portefeuille, qui se fonde sur l’hypothèse d’efficience du marché et qui rejette le concept d’anomalie. En réalité, la plupart des marchés ne sont pas efficients et les anomalies font bel et bien partie de notre réalité. Des recherches universitaires ont en fait prouvé qu’à long terme, les investisseurs obtiennent des rendements supérieurs lorsque leurs placements sont moins volatils*. C’est ce qu’on appelle l’« anomalie de la faible volatilité ».

Avant de commencer, il convient de définir ce qu’est le risque. Sur les marchés boursiers, le risque est généralement représenté par la volatilité, qui est quant à elle exprimée au moyen de l’écart-type. L’écart-type sert à mesurer la variation ou la dispersion des rendements. Un écart-type faible signifie que les rendements sont près de la moyenne ou, autrement dit, qu’ils sont relativement stables. Un écart-type élevé signifie que les rendements sont plus dispersés et plus difficiles à prévoir. Bref, plus l’écart-type est élevé, plus la volatilité est grande.

Un autre élément qu’il est essentiel de comprendre lorsqu’on parle de la volatilité et des façons de la réduire est le bêta. Cet indice sert à mesurer la volatilité d’un titre ou d’un portefeuille par rapport à celle de l’ensemble du marché. Un bêta peu élevé signifie qu’une action est moins volatile que l’ensemble du marché tandis qu’un bêta élevé indique qu’une action est plus volatile que l’ensemble du marché. Par exemple, si votre portefeuille présente un bêta de 1,5 et que le marché progresse de 10 %, votre portefeuille devrait réaliser un gain de 15 %. Si votre portefeuille a plutôt un bêta de 0,60 et que le marché recule de 10 %, votre portefeuille devrait subir une perte de 6 %. Il convient de souligner que ces données sont rétrospectives et qu’elles peuvent changer avec le temps, mais elles constituent généralement d’assez bons indicateurs de la volatilité relative.

Finalement, soulignons un principe que j’ai appris au tout début de ma carrière en placements : la meilleure façon de faire de l’argent à long terme, c’est de limiter l’ampleur des pertes dans votre portefeuille.

Une des façons de se protéger contre les baisses est d’acheter des actions présentant à la fois une faible volatilité absolue (écart-type faible) et une faible volatilité relative (bêta peu élevé). Prenons comme exemple la période de 2008 à 2009 sur le marché canadien. L’indice S&P/TSX a chuté de 33,0 % en 2008 avant d’effectuer une remontée de 35,1 % en 2009. Si vous aviez détenu les mêmes titres que l’indice pendant ces deux années, le résultat net pour vous aurait été une perte d’environ 9,5 %. Si vous aviez plutôt possédé un portefeuille d’actions canadiennes au bêta de 0,60, vous auriez subi une baisse de 19,8 % en 2008 suivie d’un rebond de 21,0 % en 2009. Cela aurait donc donné une perte nette de seulement 2,9 %. Il est important de comprendre l’effet des pertes importantes dans un portefeuille et en quoi il est avantageux de les limiter. Protéger vos placements en évitant autant que possible les pertes devrait vous permettre d’accumuler davantage de richesse à long terme.

Depuis 2008, les investisseurs se soucient davantage de la volatilité de leurs portefeuilles et sont donc moins portés à investir dans les actions, ou se tournent vers les liquidités au premier signe de difficulté sur les marchés. Malheureusement, ce comportement réactif a poussé les investisseurs à acheter ou à vendre leurs placements au mauvais moment, c’est-à-dire à acheter lorsque les cours sont à leur plus haut et à vendre lorsqu’ils sont à leur plus bas. Même si, selon moi, les investisseurs devraient adopter une approche relativement active à l’égard de leur exposition aux actifs à risque, ils devraient également compter sur une solide composante d’actions de base achetées en vue d’une détention à long terme, à laquelle ils devraient toucher aussi peu que possible. Ceci est particulièrement vrai à l’heure actuelle en raison de la faiblesse des taux d’intérêt qui limite grandement les sources de rendement potentiel.

Avec l’âge, les investisseurs n’ont plus nécessairement l’horizon de placement nécessaire pour récupérer leurs pertes à la suite d’une baisse importante du marché avant de devoir commencer à utiliser leur épargne pour la retraite. Malheureusement, ces mêmes investisseurs ont également besoin d’une certaine dose de croissance pour pouvoir maintenir leur style de vie à la retraite. Pour répondre à ce besoin de « croissance protégée », les sociétés de fonds ont commencé à offrir des solutions d’actions à faible volatilité. Ces types de fonds sont conçus pour donner accès au potentiel de hausse des actions (celui-ci étant légèrement réduit par rapport aux solutions d’actions habituelles) ainsi qu’une protection accrue contre les inévitables périodes baissières. Ils diffèrent des fonds de rendement absolu puisqu’ils suivent généralement la direction du marché (à la hausse ou à la baisse), mais avec une amplitude réduite. Détenir des fonds à faible volatilité permet aux investisseurs de maintenir leurs placements en actions sans avoir à s’inquiéter dans les périodes où ils se seraient normalement retirés du marché, et ce, grâce à une protection contre les baisses supérieure. Maintenir ses placements aide généralement à limiter les effets négatifs associés aux stratégies d’anticipation du marché.

Mais que retrouve-t-on réellement dans un fonds à faible volatilité? Premièrement, ceux-ci investissent normalement dans des actions au bêta peu élevé, donc à faible volatilité. Les actions à bêta peu élevé présentent normalement des bénéfices prévisibles et récurrents, une croissance stable d’année en année, des rendements des capitaux propres élevés, des dividendes ou des programmes de rachat d’actions croissants ainsi que de bons rendements des flux de trésorerie, entre autres. Essentiellement, les fonds à faible volatilité détiennent dans l’ensemble des titres totalement normaux qui ne feront pas les manchettes et qui produisent tout simplement de solides rendements. Sur le marché canadien, on pense notamment aux titres de BCE, Dollarama, Les Compagnies Loblaw, Atco, Sun Life, la Banque Royale et Les Vêtements de Sport Gildan. Même si les fonds ne recherchent pas nécessairement des actions à dividendes élevés, bon nombre de ces sociétés génèrent des flux de trésorerie disponibles suffisants pour verser des dividendes substantiels.

Les sociétés présentant les caractéristiques susmentionnées sont souvent concentrées dans certains secteurs ou sous-secteurs du marché. Par conséquent, les fonds à faible volatilité ont tendance à surpondérer certains secteurs comme ceux de la consommation de base, des services publics, des télécommunications et de la santé (aux É.-U.) et à sous-pondérer les secteurs cycliques comme ceux de l’énergie et des matières premières. Par exemple, les producteurs d’énergie canadiens à grande capitalisation ont un bêta moyen sur trois ans de 1,7 tandis que les sociétés aurifères canadiennes à grande capitalisation ont un bêta moyen sur trois ans de 2,3. Pour mettre les choses en perspective, les bêtas moyens sur trois ans des sociétés canadiennes à grande capitalisation des secteurs des services publics et de la consommation de base sont respectivement de 0,3 et de 0,2. Le fait de détenir des titres à faible volatilité comme ceux décrits plus haut devrait normalement modérer les pointes haussières et baissières tout en permettant de conserver une corrélation avec la direction du marché. Ces titres produiront habituellement des rendements inférieurs dans un contexte de marché fortement haussier et des rendements supérieurs dans un contexte de marché baissier, mais, à long terme, leur rendement sera probablement similaire à celui du marché, voire supérieur, en plus d’être moins volatil.

Lors de la construction d’un portefeuille à faible volatilité, une question se pose : est-il préférable de détenir les titres à plus faible volatilité dans chaque secteur ou d’éviter entièrement les secteurs les plus volatils? En détenant les actions au bêta le moins élevé de chaque secteur, vous répliquerez mieux le rendement de l’indice, mais vous vous exposerez à un plus grand risque de baisse.

À mon avis, il vaut mieux éviter les titres à bêta élevé dans les stratégies à faible volatilité, même si cela signifie que le portefeuille n’aura peu ou pas d’exposition à certains secteurs.

Mais à qui s’adressent les fonds à faible volatilité? La volatilité devient de plus en plus indésirable avec l’âge puisque l’horizon de placement jusqu’à la retraite est de plus en plus court. Ceci laisse moins de temps au portefeuille pour se remettre des replis du marché. Cela dit, la volatilité peut aussi être problématique si vous aviez prévu de retirer des fonds pour un mariage, l’achat d’une maison ou des études. Finalement, comme les investisseurs sont souvent prudents ou nerveux, ils sont généralement prêts à sacrifier une partie du rendement potentiel afin d’obtenir une meilleure protection contre les baisses. En somme, les fonds à faible volatilité (canadiens et mondiaux) sont une solution de placement à long terme intégrale pour tous les groupes d’âge et devraient constituer la base des placements à long terme de tout portefeuille bien conçu.

Les fonds à faible volatilité et le marché canadien

Le principe d’« anomalie de la faible volatilité » est basé sur l’idée que les marchés ne sont pas efficients, hypothèse qui s’applique à mon avis au marché canadien. À titre d’exemple, comparons le rendement du marché canadien dans son ensemble au début de 2003 au rendement qui aurait été obtenu si l’on avait exclu toute exposition directe aux sous-secteurs cycliques à bêta élevé liés aux marchandises (énergie et mines).

  2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
S&P/TSX (rendement total) 26,7% 14,5% 24,1% 17,3% 9,8% -33,0% 35,1%
TSX (marchandises exclues) 24,4% 11,9% 15,8% 15,4% 8,1% -26,9% 14,4%
  2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
CA^
S&P/TSX (rendement total) 17,6% -8,7% 7,2% 13,0% 10,6% -8,3% 9,5%
TSX (marchandises exclues) 11,4% -1,3% 12,8% 19,9% 18,3% -2,3% 6,7%

L’indice TSX (marchandises exclues) représente un portefeuille de titres conservés à long terme, avec réinvestissement des dividendes, contenant les mêmes titres que l’indice S&P/TSX (rendement total) moins les titres inclus dans les sous-indices plafonnés de l’énergie et des mines. Les pondérations sectorielles du portefeuille sont basées sur celles de l’indice S&P/TSX à la création du portefeuille. ^ Au 31 mai 2016.

​Si l’on se penche sur les données annuelles, deux points sont évidents. Premièrement, les trois fois où l’indice S&P/TSX a enregistré des rendements négatifs, il aurait été préférable de ne pas détenir de titres liés aux marchandises. Deuxièmement, l’indice TSX (marchandises exclues) a surpassé l’indice S&P/TSX (rendement total) chaque année de 2011 à 2015, inclusivement, après avoir généré des rendements inférieurs pendant sept des huit années précédentes.

Si l’on se reporte au graphique, l’indice TSX (marchandises exclues) présente en fait un meilleur rendement ainsi qu’une volatilité nettement inférieure en comparaison à l’indice S&P/TSX (rendement total) depuis le début de 2003.

Compte tenu de ce qui précède, il est donc surprenant que davantage de fonds à faible volatilité ne soient pas offerts aux investisseurs canadiens; ceci est probablement attribuable au fait que, comme les actions qu’ils détiennent, ces fonds sont trop « ordinaires ». Je crois que, dans les années à venir, de plus en plus de fonds à faible volatilité feront leur apparition sur le marché canadien en réaction au vieillissement des investisseurs et au changement de leur tolérance au risque. En outre, l’incertitude qui plane sur les marchés devrait faire réaliser aux investisseurs qu’il est judicieux d’inclure dans leurs portefeuilles une solide composante d’actions conservatrices choisies dans une perspective de détention à long terme.

Les fonds à faible volatilité sont donc la solution de l’avenir et il n’est jamais trop tôt pour songer à son futur. Peu importe votre âge, il est plus important que jamais d’inclure une base d’actions conservatrices pour détention à long terme dans votre portefeuille. Il n’est bien entendu pas nécessaire d’investir tout votre argent dans cette composante, mais celle-ci devrait néanmoins constituer un élément intégral de votre portefeuille, qui vous aidera à atteindre vos objectifs à long terme. Les actions et les fonds plus volatils ont certainement leur utilité pour générer des rendements supplémentaires et pour diversifier vos placements, mais trop d’investisseurs ignorent encore les avantages des solutions de placement à faible volatilité. N’attendez plus, ajoutez une composante à faible volatilité à votre portefeuille dès aujourd’hui.

Pour plus de renseignements:

Keith LeslieGestionnaire de portefeuille

M. Leslie est gestionnaire de portefeuille chez Investissements NCM. Il supervise deux des stratégies de placement non traditionnelles de la société et se spécialise dans les actions canadiennes. Il compte plus de 17 années d’expérience en gestion de placements et a…

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